• Farah Chami

“Les chants de la recluse”, l’une des premières voix soufies

Mis à jour : juin 24


Bien avant le grand Rûmi, et bien avant tous les autres maîtres soufis, une femme... Rabi’a al ‘Adawiyya. “Une femme de feu et de larmes”. Ses textes ne sont ni doctrine, ni philosophie. Mais une poésie amoureuse. Une spiritualité érotisée.




Au VIIIè siècle, à Bassorah, en Irak. Une femme. Rabi’a al ‘Adawiyya. Une femme en amour. Nuit et jour. Toute entière tournée vers la contemplation, elle attend son amant, comme Marie Madeleine, brûlant du feu de sa passion. Détachée des contingences corporelles, elle prie, et dans ses prières, naît son désir.

Un désir mystique et impérieux de se fondre en son amant jusqu’à l’abolition de tout sentiment de séparation.


L’Eros devient source de spiritualité. Une spiritualité érotique ou un Eros spirituel. Une fécondation mutuelle dans laquelle Rabi’a est à la fois femme et homme. Non pas androgyne, mais celle qui a réconcilié les deux parts pour atteindre son être véritable.


“Les chants de la recluse” sont des poèmes touchants, pleins de tendresse, mais aussi poignants, témoins d’un amour incandescent. Quelques siècles plus tard, Rûmi reprendra dans ses quatrains enflammés ce même désir pour l’Aimé.


Quant à moi, il m’a fallu du temps pour saisir, pour comprendre, que la rencontre pouvait aussi être plurielle. Le divin amant, ou l’amant divin. Lorsque les limites s’effondrent et que le coeur atteint, pour un instant, la dimension de l’univers.