• Farah Chami

Emotions de l'enfant : émotion primaire, émotion secondaire



Des fois, l'émotion ressentie par l'enfant n'est pas celle perçue par ses parents, ni celle manifestée par l'enfant lui même !


J'ai pu le constater encore une fois lors du dernier atelier "Emois... et Moi?" consacré aux émotions de l'enfant. Après une courte séance de méditation pour relier les enfants à leur monde intérieur, je leur ai proposé d'explorer ensemble une émotion qui leur était désagréable et qu'ils aimeraient atténuer, changer.


Léa, 6 ans, "très agitée" et "souvent en colère" selon ses parents, a choisi l'illustration de la peur. Marie, 7 ans, venue pour "calmer son stress", a choisi celle de la tristesse. Pourquoi un tel décalage entre l'émotion perçue par les parents (et manifestée par l'enfant), et celle qui se dévoile en séance ?


Une première explication plausible réside dans le fait que l'enfant, surtout le jeune enfant, vit dans l'instant présent. Si l'enfant ressent de la tristesse au moment où je lui parle, il ne va ressentir que cela et méconnaître toutes les autres émotions vécues antérieurement. Seul ce qui se passe ici et maintenant a de l'importance.


Une autre explication repose sur la disposition des parents à accueillir une partie ou l'ensemble des émotions de leur enfant. Si par exemple je ne m'autorise pas à exprimer ma colère, je vais avoir du mal à accueillir celle de mon enfant, qui lui va vouloir l'exprimer encore et encore. Je ne vais donc percevoir chez lui que cette émotion qui me gêne, alors qu'il est probablement troublé par une autre émotion qu'il n'arrive pas à nommer.


Mais ce que je perçois personnellement en séance est en réalité très différent. L'émotion décrite par les parents et reconnue par l'enfant "je suis en colère" est bien réelle, mais des fois cette émotion vient masquer une autre plus profonde, plus enfouie, et qui se révèle lors du travail thérapeutique. On parle ainsi d'émotion primaire et d'émotion secondaire. L'émotion primaire est celle qui apparaît tout de suite face à un événement, celle qui déclenche notre première réaction. Mais lorsque cette émotion nous submerge trop, lorsqu'elle est réprimée ou non entendue par l'adulte, elle laisse place à une deuxième émotion qui est en fait une réponse à la première. Par exemple le petit garçon qui ressent de la tristesse et à qui on va demander de ne pas pleurer (tu n'as pas le droit d'être triste), se mettra en colère dès lors qu'il sentira monter en lui une émotion de tristesse (la colère est donc une réaction à sa tristesse et non à l'événement initial qui lui continue de susciter une tristesse réprimée).


Distinguer l'émotion primaire de l'émotion secondaire est très important car elles répondent à des besoins différents et suscitent souvent des réactions différentes. Dans mon premier exemple de la petite fille qui a peur mais qui est très agitée au quotidien, le parent concerné par ses colères fréquentes peut être tenté de se mettre en retrait au profit du parent avec qui la relation est apaisée. Mais dès lors qu'on s'aperçoit que cette colère est une réaction à une peur ressentie par l'enfant, la réponse est différente.


D'ailleurs, au moment où les enfants devaient choisir l'émotion agréable qui leur ferait du bien, Léa a tendu sa petite main vers la carte représentant l'amour.