• Farah Chami

"Ce n'est plus d'être heureux que je souhaite maintenant, mais d'être conscient". A. Camus

""Ce n'est plus d'être heureux que je souhaite maintenant, mais d'être conscient" être conscient que la vie nous fera traverser bonheurs et malheurs, et que le rôle du bonheur n'est pas celui d'un anesthésiant ou d'un somnifère, mais d'une source illimitée et toujours renouvelée d'élan vital et d'énergie intérieure : une nourriture de notre esprit et de notre cœur qui offre notre regard à une vision réaliste et heureuse de l'existence. La seule qui soit compatible avec l'épreuve du réel". Ilios Kotsu, Eloge de la lucidité.





J’aime cet ouvrage d’Ilios Kotsu qui va à contre-pied des théories dominantes du bonheur et du positivisme, celles qui érigent le bonheur en quête ultime de notre vie et qui nous font croire qu’il nous suffirait de vouloir pour pouvoir. Etudes et témoignages à l’appui, Ilios Kotsu dénonce quatre grandes illusions sur la nature du bonheur.


1/ Chercher à éviter toute forme d'inconfort ou toute souffrance


Le fait de vouloir supprimer les émotions négatives augmente paradoxalement leur impact. “Tout ce qui ne s’exprime pas s’imprime”. Au contraire, autorisons nous à ressentir nos émotions négatives, à les accepter sans nous juger et à les accueillir, elles viennent nous dire quelque chose sur nous-mêmes. Cultivons l’auto-empathie, écoutons-nous, offrons-nous un soutien en validant non émotions plutôt qu’en les niant.


2/ La nécessité d'avoir toujours des pensées positives


Pensez positif, une injonction de certains ouvrages de développement personnel, “comme s’il suffisait de le vouloir pour y parvenir”. Sans parler de l’effet rebond qui augmente la puissance d’une pensée à laquelle on ne devrait plus penser ! Et toutes ces personnes qui culpabilisent de ne pas y arriver. “Présupposer que nous pouvons choisir librement le contenu de nos pensées présente donc un autre potentiel effet secondaire négatif : la culpabilité”. Comme si toute la responsabilité d’une situation reposait sur l’individu au détriment des déterminants sociaux et culturels environnants.


3/ La course éperdue à l'estime de soi et à la perfection

Les premières victimes de cette course vers l’estime de soi, ce sont les personnes qui manquent de confiance en elles ! Une étude canadienne montre comment des personnes ayant une faible estime d’elles-mêmes se sont senties encore plus fragilisées après des séances d’auto-suggestions positives. Les recettes miracle prônées par certains ouvrages de développement personnel ne fonctionneraient que sur des personnes qui se sentent déjà en confiance et dans une bonne estime d’elles-mêmes !


4/ La quête permanente de l'épanouissement personnel


Cette dernière quête me fait penser au très médiatisé ouvrage Happycratie publié en 2018. Je reste très sensible à cet argument avec l’impression que notre recherche d’épanouissement personnel nous enferme dans une bulle nombriliste qui alimente l’idéologie individualiste et néo-libérale. “Un chemin vers soi est un chemin pour contribuer au monde en tant que citoyen” rappelle Eliane Regis. Cette dimension éthique est très souvent oubliée des ouvrages de développement personnel, comme s’il y avait le Moi d’un côté et le reste du monde de l’autre. Dans cet ouvrage, Ilios Kotsu nous invite justement à associer une dimension éthique à notre quête d’épanouissement pour se relier à soi mais aussi aux autres !